Macron s'exprimait avant un rassemblement de soutien à Quentin Deranque, où la police craint des affrontements entre militants de gauche et de droite.

Lyon (AFP) - Le président français Emmanuel Macron a appelé samedi au calme avant un rassemblement en hommage à un militant d'extrême droite dont le meurtre, imputé à l'extrême gauche, a mis le pays sous tension.

Macron a également déclaré que son gouvernement tiendrait une réunion la semaine prochaine pour discuter des « groupes d'action violents » à la suite du passage à tabac mortel de Quentin Deranque, qui a ravivé les tensions entre la gauche et la droite à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.

Le jeune homme de 23 ans est décédé des suites de blessures à la tête après des affrontements entre partisans de la gauche radicale et de l'extrême droite en marge d'une manifestation contre un homme politique du parti de gauche La France insoumise (LFI) dans la ville de Lyon, dans le sud-est du pays, la semaine dernière.

Un rassemblement, largement médiatisé en ligne par des groupes ultranationalistes et d'extrême droite, devrait réunir entre 2 000 et 3 000 personnes, les autorités craignant de nouveaux affrontements avec des manifestants de gauche.

S'exprimant lors d'un salon agricole à Paris, Macron a exhorté « chacun à rester » calme avant le rassemblement de soutien à Deranque à Lyon, qui doit se tenir sous haute sécurité samedi, malgré la demande de l'État, formulée par le maire écologiste de gauche de Lyon, de l'interdire.

« Dans la République, aucune violence n’est légitime », a déclaré Macron, qui ne pourra pas se représenter l’année prochaine après avoir atteint la limite de deux mandats. « Il n’y a pas de place pour les milices, d’où qu’elles viennent. »

- « Plus de 1 000 néonazis » -

Avant le rassemblement de Lyon, certains riverains du parcours prévu de la marche avaient barricadé les fenêtres du rez-de-chaussée de leurs appartements, craignant des troubles.

« À mon âge, je ne vais pas jouer les durs. Si je dois sortir, j'éviterai les endroits où ils défilent », a déclaré Jean Echeverria, 87 ans, habitant de Lyon.

« Ils vont continuer à se battre sans cesse, ça n'en finira jamais. Entre les extrêmes, c'est incessant », a-t-il ajouté.

Deux amis de Deranque étaient à l'origine de l'appel officiel à marcher en son honneur.

Six hommes soupçonnés d'être impliqués dans l'agression mortelle du militant Quentin Deranque ont été inculpés pour ce meurtre.

Mais selon l’avocat de la famille Deranque, Fabien Rajon, ses parents ne participeront pas au rassemblement, qu’ils ont exhorté à se dérouler « sans violence » et « sans déclarations politiques ».

Plusieurs groupes d'extrême droite, dont la faction nationaliste Allobroges Bourgoin de Deranque, ont néanmoins largement relayé la marche sur les réseaux sociaux.

Les autorités craignent que des militants d'extrême droite et d'extrême gauche venus d'autres pays d'Europe ne se rendent en France pour cet événement, alimentant ainsi les craintes de nouveaux troubles.

Jordan Bardella, le chef du parti anti-immigration Rassemblement national (RN) – qui estime avoir sa meilleure chance de remporter la présidence lors du vote de l'année prochaine – a exhorté ses partisans à ne pas y aller.

« Nous vous demandons, sauf dans des situations locales très spécifiques et strictement encadrées, de ne pas participer à ces rassemblements ni d’y associer le Rassemblement national », a-t-il écrit dans un message adressé aux responsables du parti et consulté par l’AFP.

Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a soutenu l'appel du maire de Lyon à interdire la marche, avertissant sur X qu'il s'agirait d'une « manifestation fasciste » à laquelle « plus de 1 000 néonazis venus de toute l'Europe » étaient attendus.

Mais le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a refusé d'interdire le rassemblement, arguant qu'il devait « trouver un équilibre entre le maintien de l'ordre public et la liberté d'expression » et promettant un « déploiement policier extrêmement important ».

- 'Blesser' -

La mort de Deranque a provoqué une réaction de l'administration du président américain Donald Trump, la responsable du département d'État Sarah Rogers qualifiant vendredi le meurtre de « terrorisme » et affirmant que « l'extrême gauche violente est en hausse ».

De même, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a qualifié mercredi la mort de Deranque de « blessure pour toute l'Europe », ce qui a incité Macron à exhorter le dirigeant d'extrême droite à ne pas s'immiscer dans les affaires françaises.

Six hommes soupçonnés d'être impliqués dans l'agression mortelle ont été inculpés pour ce meurtre, tandis qu'un assistant parlementaire d'un député d'extrême gauche a également été inculpé de complicité.

Un collectif d'extrême droite appelé Nemesis, qui prétend « défendre les femmes occidentales » contre les violences prétendument perpétrées par les immigrés, a déclaré que Deranque se trouvait à la manifestation de Lyon pour protéger ses membres lorsqu'il a été agressé par des militants « antifascistes ».

Après avoir exhorté l'extrême droite et l'extrême gauche à se ressaisir, Macron a déclaré que son gouvernement tiendrait une réunion la semaine prochaine « pour faire le point sur les groupes d'action violents qui sont actifs et qui ont des liens avec des partis politiques de toute nature ».