Le pape Léon XIV embarque à bord de son avion à destination d'Alger à l'aéroport de Fiumicino, à Rome.

Cité du Vatican (AFP) - Le pape Léon XIV s'est rendu lundi en Algérie pour entamer une tournée de 11 jours en Afrique, un important voyage international qui risquait d'être éclipsé par les critiques du président américain Donald Trump.

Leo sera le premier dirigeant catholique mondial à se rendre en Algérie, pays musulman, où il entend contribuer à « construire des ponts entre les mondes chrétien et musulman », a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, Jean-Paul Vesco.

Pourtant, quelques heures seulement avant son départ de Rome, vers 7h00 GMT, Léonard de Vinci est devenu la cible de critiques publiques de la part de Donald Trump, qui s'est insurgé contre les appels du pape à la fin des violences dans la guerre en Iran.

« Je ne suis pas un grand fan du pape Léon », a déclaré Trump aux journalistes, accusant le pontife de « jouer avec un pays (l’Iran) qui veut une arme nucléaire ».

Trump a ensuite suggéré que les cardinaux n'avaient élu Leo pape en mai 2025 que parce qu'il était américain et un lien potentiel avec Washington, avant de publier une image générée par une IA le représentant apparemment comme Jésus-Christ.

Leo avait qualifié d’« inacceptables » les menaces de Trump contre les civils en Iran, sans toutefois nommer le président, et avait également critiqué auparavant le traitement « inhumain » des migrants par l’administration Trump.

Dans ce qui sera interprété comme une démonstration de soutien, le Premier ministre italien Giorgia Meloni – une dirigeante d'extrême droite proche de Trump – a publié lundi matin un communiqué souhaitant au pape un voyage réussi dans les quatre pays africains.

« Puisse le ministère du Saint-Père favoriser la résolution des conflits et le retour de la paix, tant à l’intérieur des nations qu’entre elles, suivant la voie tracée par ses prédécesseurs, et apporter soutien et réconfort aux communautés chrétiennes qu’il rencontrera au cours de son voyage », a-t-elle écrit.

- Importance personnelle -

Le voyage du pape le mènera en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, couvrant plus de 18 000 kilomètres (11 000 miles) entre le 13 et le 23 avril.

La première étape du pape lundi sera Alger, la capitale algérienne, où il rencontrera le président Abdelmadjid Tebboune, s'adressera aux diplomates et rendra hommage aux victimes de la guerre d'indépendance algérienne de 1954-1962 contre la France.

Déjà à Alger, en amont de cette visite historique, l'atmosphère d'une fête imminente régnait : les murs étaient repeints, les routes refaites et les espaces verts ornés de plantes et de pots de fleurs.

La visite en Algérie revêt également une signification personnelle pour le pape, car le pays était la patrie de saint Augustin (354-430), dont l'héritage spirituel imprègne son pontificat.

Ce théologien chrétien influent a jeté les bases de l'ordre augustinien du XIIIe siècle auquel appartient Léon, un ordre fondé sur la vie communautaire et le service.

Dès son premier discours en tant que pape, Léon XIII se présenta comme un « fils » d'Augustin, dont il citait fréquemment les écrits. Avant son accession au pontificat, Robert François Prévost, alors supérieur de l'ordre des Apôtres, s'était rendu deux fois en Algérie.

Mardi, le pape se rendra à Annaba, ville du nord-est de l'Italie – anciennement la cité romaine d'Hippone – où vécut le saint dont les « Confessions » autobiographiques constituent une œuvre majeure de la tradition chrétienne.

Le père Fred Wekesa, recteur de la basilique Saint-Augustin d'Annaba où Leo célébrera la messe, a déclaré que la visite prochaine du pape apporterait à ses quelques fidèles un « message d'encouragement et de solidarité ».

- « Capable de paix » -

Le programme de lundi comprend également une visite de la Grande Mosquée d'Alger – avec le minaret le plus haut du monde – et de la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.

Leo prévoit de prier en privé dans la chapelle dédiée aux 19 prêtres et religieuses assassinés pendant la guerre civile algérienne de 1992-2002.

Le pape ne se rendra cependant pas au monastère de Tibhirine, dont les moines ont été enlevés et assassinés en 1996, un événement qui reste encore nimbé de mystère.

Wekesa a déploré les ombres encore projetées par la sanglante guerre civile algérienne, au cours de laquelle 200 000 personnes ont été tuées dans le conflit entre islamistes et forces de sécurité.

Bien que certains continuent de percevoir l'Algérie « à travers le prisme des "années sombres" », la visite de Leo permettra au monde de constater « l'hospitalité et la générosité du peuple algérien », a déclaré Wekesa.

« Nous sommes capables de vivre ensemble en paix. »

Bien que la constitution algérienne garantisse la liberté de culte, sous certaines conditions, les organisations de défense des droits humains affirment que la répression des minorités religieuses se poursuit.

Trois organisations de défense des droits humains ont appelé Leo la semaine dernière à insister sur cette question lors de sa visite.

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